Suspension de la corrida programmée à La Brède le 20 juin 2026, faute de tradition locale ininterrompue
Eu égard, à l’interruption des corridas sur le territoire de la commune de La Brède en 2025, l’absence de tradition taurine dans l’ensemble démographique auquel elle appartient et à la faible affluence du public, qui a d’ailleurs justifié l’interruption de 2025, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a ordonné la suspension de la décision de la commune de La Brède d’organiser une corrida pour les fêtes de la Rosière (TA de Bordeaux, 18 mai 2026, n°2603391 ; 2603652).
Une décision qui invite à revenir sur les critères retenus par les juges, administratif et judiciaire, pour apprécier l’existence d’une tradition locale, au sens des dispositions de l’article 521-1 du Code pénal.
En effet, ces dispositions répriment de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende « le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité », tout en prévoyant une exception « lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée », à l’instar de la corrida.
A l’aune de la jurisprudence, constitue une tradition locale ininterrompue celle qui s’inscrit « dans un ensemble démographique déterminé par une culture commune, les mêmes habitudes, les mêmes aspirations et affinités » (CA Bordeaux, 11 juill. 1989 : JCP G 1989, II, n° 21344), étant précisé que l’interruption de cette tradition ne saurait résulter d’une simple cessation temporaire de la pratique, mais doit procéder d’une véritable désuétude, révélatrice d’une évolution des mœurs ou d’un changement des mentalités locales (Ibid).
Cette conception du caractère local de la tradition, appréhendé à l’échelle d’un ensemble démographique cohérent, a un caractère particulièrement attractif, ainsi qu’en témoigne par exemple la jurisprudence de la cour administrative d’appel de Toulouse.
La juridiction a pu reconnaître l’existence d’une telle tradition « quand bien même il ne ressort pas des pièces du dossier que des novilladas se seraient tenues à Bouillargues avant 2016, cette commune est elle-même marquée par la culture taurine, ainsi qu’en témoigne la création sur son territoire, dès 1921, d’un club taurin dont le centenaire a été célébré en 2021 » (CAA Toulouse, 2 octobre 2025, n° 24TL00602).
En l’espèce, après avoir relevé que l’interruption de la corrida en 2025 était justifiée par la commune de La Brède « par des contraintes budgétaires et de fréquentation », le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a considéré que celle-ci « appartient à l’ensemble démographique dont Bordeaux est la capitale », au sein duquel la dernière corrida remonte à 2006, sans pouvoir utilement invoquer les corridas organisées à Captieux, dès lors que cette commune « n’appartient pas au même ensemble démographique, par sa proximité avec le département des Landes », territoire où la « tradition taurine » demeure bien vivante.
A cela s’ajoute la faible influence du public : 418 participants en 2022 et 407 en 2023 alors que la commune compte plus de 4 300 habitants.
Autant d’éléments qui ont ainsi conduit le juge des référés à suspendre la décision du conseil municipal de La Brède d’organiser une corrida le 20 juin 2026.
Reste désormais à savoir si cette analyse sera confirmée par le juge du fond.
Affaire à suivre.